...presque un conte de Noël

...presque un conte de Noël
Hier soir, alors que j'écrivais des cartes de voeux pour la nouvelle année, un souvenir d'enfance, perdu dans je ne sais quelle circonvolutions cérébrales, a jailli.


Lucie!












A l'école, nous étions dans la même classe, nous avions onze ans.
Elle était si belle!
Elle avait des cheveux noirs, coiffés tout droit, qui descendaient juste plus bas que sa nuque et qui rejoignaient tout juste ses sourcils, fins et noirs eux aussi.
Ses yeux étaient très bleus et très doux, ses lèvres, fines et bien découpées.
Elle était presque toujours habillée avec un jeans bleu et une chemise juste un peu trop grande, qu'elle laissait descendre jusqu'à mi-cuisse, elle retroussait toujours les manches au-dessous du coude, un peu comme un artiste peintre.

Elle était aussi toujours la plus douée en classe. Je suis sûr que vous connaissez ça, celle ou celui qui trouve toujours le moyen de faire des meilleures notes que les autres et qui, à force finit par vous énerver.
Lucie c'était ça, à part que ça n'énervait jamais personne et que tout le monde l'appréciait beaucoup.
Elle était toujours pleine de gentillesse et, jamais personne ne s'est senti snobé ou infériorisé par Lucie.

Sa mère était décédée depuis quelques années, elle vivait avec sa soeur et son père dans la même petite ville que moi.
Elle était toujours souriante et détendue, elle n'était pas bavarde mais aimait beaucoup dialoguer, elle n'était pas timide mais elle laissait toujours d'abord les autres s'exprimer.

Elle était si belle!
Elle me regardait, elle me parlait, elle m'écoutait. Lorsqu'elle me regardait, j'avais l'impression d'exister.
Bien souvent, à la récréation, elle partageait son petit pain et m'en donnait la moitié.
Jamais je ne me serais permis de lui en demander ou même de lui dire que j'avais faim. J'aurais eu trop honte.(Le vrai pauvre déteste la mendicité.) Je n'avais presque jamais de casse-croûte et absolument jamais d'argent.
Elle m'offrait la moitié de son petit pain sans rien dire, elle le rompait en deux et me le donnait, c'est tout.

Lucie! Ton pain, c'était le meilleur du monde, il avait le goût de ton sourire.


Plus je repense à elle, plus les souvenirs émergent.
Les cours d'histoire nous étaient dispensés par un professeur qui avait plus l'allure d'un malabar surmonté d'un tête de bulldog que d'un professeur. Il avait reçu une distinction lorsqu'il servait dans l'armée, je ne me souviens plus s'il s'agissait de la légion d'honneur ou d'une autre. Toujours est-il qu'il la portait fièrement sur le col de son costume. Eh oui, il donnait tous ses cours en "costard" cravate.
Dans la classe, il faisait régner une discipline de fer, nous pouvions entendre les mouches voler.
Lorsqu'il posait une question, personne n'osait répondre. Forcément, à la moindre inexactitude il hurlait et dévalorisait l'intervenant. Il sillonait les couloirs entre les bancs et attendait sa réponse, se manège pouvait facilement durer vingt minutes. Le silence était complet, il était seulement ponctué par le bruit des chaussures du prof' qui arpentait les couloirs de la classe en faisant claquer ses talons.
Ce jour là, c'était précisément cette situation qui prévalait. Voilà qu'en remontant la classe, d'arrière en avant, il lance son poing dans le dos (sur la colonne vertébrale, région lombaire) de Lucie en criant, j'entends encore ses mots: "Tenez-vous droite ma fille!"

Lucie s'est redressée et, tête droite, elle est restée silencieuse.
J'étais assis à la rangée de bancs à côté de la sienne, un cran plus en arrière, j'avais parfaitement vu le coup qu'avait porté ce sale con.
Je me suis un peu penché en avant et, j'ai vu que Lucie, malgré son silence total avait le visage inondé de larmes.

A ce moment là, si c'est moi qui avait pesé 120Kg et ce connard 50Kg, je crois que le l'aurais pulvérisé, malheureusement, c'était l'inverse.
Alors, je me suis levé et, en courant, je suis sorti de la classe puis, en prenant la porte à deux mains, je l'ai claquée de toutes mes forces. Le mur a tremblé d'un bout à l'autre du couloir. J'ai couru à travers les corridors, je suis sorti du bâtiment et j'ai encore couru dans les rues jusqu'à une toute petite ruelle dans laquelle je me suis glissé. Je connaissais bien cette ruelle, elle était toujours remplie de pigeons.
Je me suis assis par terre et j'ai attendu midi en les écoutants roucouler.

Décidément, dans quel monde alix était-il né?

Ce sale con avait frappé une fille de onze ans , dans le dos, alors qu'elle n'avait absolument rien fait.
Quelle bravoure! Cela aussi aurait mérité une médaille!
CHAMPION DU MONDE!

(Bizarrement, mon comportement ne m'a valu aucune remarque, de personne, même pas du champion en personne. Est-ce que Goliath aurait "fait" dans son froc? En tous cas, il n'a plus jamais touché personne dans cette classe.)

Mais ce triste individu n'avait de toute façon aucune chance d'atteindre la beauté du coeur de Lucie, la preuve:

Je me souviens que, quelques temps après, à la sortie du collège, dans un sourire merveilleux, elle avait pris ma main dans la sienne et, main dans la main nous avions suivi la rue principale jusqu'au centre ville!
Quel bonheur! Elle était si belle! Délicieux instant, le premier! Elle était si belle!

Merci Lucie, alix était assoiffé et, toi, tu lui as donné la goutte de tendresse dont il avait tant besoin.


Puis, notre classe a été divisée, puis, mes parents ont déménagé.
Nous ne nous sommes plus jamais revu, ni entendu. Pourtant, après toutes ces années, alix se souvient toujours de Lucie.

Le Bien que tu m'as offert, aujourd'hui encore, je m'efforce à mon tour de le donné autour de moi, comme toi, tout simplement, sans bruit.


Où que tu sois maintenant, quoi que tu fasses,
je sais que tu es devenue une femme merveilleuse.





En cette période de Noël, j'aimerais oser cette remarque:

Ne cherchez pas le sauveur du monde dans la crèche, il est dans le coeur de Lucie,
il est peut-être aussi dans votre coeur, avez-vous pris le temps de le chercher?

# Posté le vendredi 23 décembre 2005 08:15

Modifié le vendredi 23 décembre 2005 12:29

Une main

Une main
Une main se tend pour relever cet enfant
Une main se pose sur cette épaule
Une main supporte ce bras sans force
Une main essuie ces larmes
Cette main, est-ce la tienne?

Une main se referme sur elle-même
Refermée, elle contient sa rage, sa violence
Une main se lève pour dénoncer le mensonge
Une main se lève pour refuser l'injustice
Cette main, est-ce la tienne?

Une main caresse ces lèvres
Une main coule le long de cette nuque
Une main se fait douce le long de ce bras
Une main touche ce ventre
Cette main, est-ce la tienne?

Une main passe dans ces cheveux
Une main glisse sur ce visage
Une main suit les courbes de ce corps
Une main épouse les formes de ce coeur
Cette main, est-ce la tienne?

Cette main qui donne aujourd'hui
Qui n'économise pas ses caresses pour demain
Cette main qui offre sa chaleur
Qui n'attend pas un meilleur moment pour l'amour
Cette main, est-ce la tienne?

Cette main, fais-la tienne!
Chaque jour tu te sentiras plus fort
Chaque jour tu te verras plus beau
Chaque jour tu te sentiras plus forte
Chaque jour tu te verras plus belle

# Posté le jeudi 13 octobre 2005 09:11

Echographie

Echographie
Il s'agit d'une méthode exploiratoire, utilisant la réflexion des ultrasons dans les organes.
Ce procédé nous permet de visualiser, sur un écran, ce qui se trouve à l'intérieur du corps.
Cette méthode est très largement utilisée pour voir le foetus dans le ventre porteur de sa mère.

Est-ce que cette description technique, pourtant rigoureusement exacte, vous parle?
Non? A vous non plus?

Alors voici un texte moins scientifique, mais tout aussi vrai, qui trouveras peut être plus d'écho en vous.

***
La vie, ce cadeau.

Ce cadeau, un jour nous l'avons tous reçu et, le plus merveilleux, c'est que nous pouvons l'offrir à notre tour.
Est-il possible d'offrir quelque chose de plus beau que la vie?

Cette vie, partie de rien ou presque, juste un ovule minuscule et un spermatozoïde encore plus minuscule.
C'est là pourtant, une rencontre détonante:
Au 2°mois de cette fusion, l'embryon pèse environ 2 grammes et 2 mois plus tard, au 4°mois, l'embryon est devenu foetus et pèse maintenant environ 250 grammes. Démentiel !
Imaginez-vous cela!
Cela représente un taux de croissance de 12'500 % !!!
Dans le même temps, il est passé de 3 à 20cm.
Mais, le plus phénoménale à ce stade, c'est précisément ce que nous révèle l'échographie.
Sur le moniteur de contrôle, nous voyons, un petit corps absolument complet qui, tout d'un coup, fait bouger une jambe ou un bras.
En observant attentivement, nous pouvons apercevoir quelques mouvement de la bouche qui cherche à goûter à son environnement.
Il est même possible d'accompagner cette image avec le son et là, nous entendons le coeur battre vigoureusement, à un rythme très rapide, environ 150 pulsations par minute, un coeur qui paraît si pressé.

A cet instant, la larme à l'oeil, nous prenons réellement conscience qu'il ne s'agit plus d'un ensemble de cellules organisées, mais bien d'une vie. Une vie que nous avons donnée. Une vie précieuse dont nous avons la responsabilité.

En silence, au fond de moi, je lui crie:
vas-y mon p'tit, accroches-toi, bats-toi, grandi et viens jusqu'à moi, je t'attends.
En lettres d'or, je veux écrire avec toi les premières lignes de ta vie à l'air libre.
Je ne veux pas écrire ta vie à ta place, je veux juste veiller sur toi pour que tu puisses, toi, écrire ton histoire sans entrave.

Je veux t'apprendre l'amour, avant que tu découvres la haine.
Je veux te montrer la beauté, avant que tu voies la laideur.
Je veux t'expliquer le respect de la vie, des êtres et des choses, avant que tu connaisses ces "morts-vivants" égoïstes ou (et) assoiffés de pouvoir, qui volent, qui violent ou qui tuent.


Mon p'tit bonhomme, c'est ta mère qui te porte et pourtant, tu es déjà en moi.

# Posté le jeudi 22 septembre 2005 07:23

Modifié le vendredi 23 septembre 2005 05:35

NaNoU

NaNoU
...



















Tu vas encore aimer, tu vas encore pleurer
Ecorchée vive, tu vas encore aimer, tu vas encore aider
Ce destin que certains jours tu haïs, que certains jours je haïs
C'est lui qui, sur ton blog, a fait la flèche de ma souris glissée

Tout de suite, tes textes ont frappé mon esprit
Tout de suite ils ont frappé très fort en moi
Ces émotions dont tu parles, celles du fond de toi
Celles du fond de moi, tant de fois je les ai ressenties

NaNoU, tant de fois tu tomberas encore à genoux
A chaque fois, plus finement ciselée, tu deviendras un bijou
A chaque fois, ton coeur deviendra plus grand, plus beau
A chaque fois, tu te relèveras et, de l'amour tu porteras le flambeau



Du bout du monde virtuel, je te le dis NaNoU, en toi tu es belle !

# Posté le lundi 12 septembre 2005 14:40

Marguerite

Marguerite
Marguerite 81 - 82 ans
Alix 23 - 24 ans

La vie ne savait plus comment lui faire mal, alors la vie s'est enfuie lâchement.
Marguerite m'a fait prendre conscience de la puissance de l'amour. Elle m'a démontré par ce qu'elle m'a fait ressentir, que l'amour peut traverser le temps, que l'amour peut exister au-delà de la matière, que l'amour est plus fort que l'esprit, que l'amour est plus fort que le corps.











*

La vie ne t'a rien épargné, ni la mort de tes proches, ni la mort de ceux que tu as aimés
Elle t'a fait connaître, le mépris des autres, le travail sans relâche, la pauvreté
Sans oublier la violence, avec pour toute récompense, le droit de s'endormir épuisée
Ton corps, par le travail elle l'a usé, par la maladie elle l'a torturé et pour finir, mutilé
Pour "compenser", elle aurait pu te donner des enfants, mais ça aussi elle te l'a refusé

Dans ton appartement sombre, par le hasard de ma profession, je suis entré
Je n'ai d'abord vu qu'une grand-mère en robe de chambre usée et mal ajustée
Je n'ai vu qu'une pauvre femme avec une prothèse pour jambe gauche
Appuyée sur ta canne, tu as allumé le néon qui a diffusé sa lumière crue
Tu m'as dis "excusez-moi Monsieur, je vous ai fait attendre, je me déplace si lentement"

Avec un sourire, tu as tourné ton visage vers moi, et là, j'ai vu tes yeux
Ton regard c'est enfoncé dans le mien, une brûlure intense m'a traversé le corps
Il y avait dans tes yeux une telle force en même tant qu'une douceur profonde
Sans comprendre, je me suis assis et, pour la première fois de ma vie, j'ai Ecouté
J'ai oublié mon travail, je me suis oublié moi-même, je ne voyais et n'entendais que toi

Tu as pris ma main dans la tienne et tu m'as montré ce qu'il restait de ta jambe
Elle était amputée au-dessus du genoux, ma main s'est déposée sur ta cuisse
Ta peau était douce, tes yeux me parlaient en silence, ce silence me parlait d'amour
Par ce corps qui t'apportait tant de douleurs, tu as su prendre du plaisir, tu as su en jouir
Ce jour là et les autres jours, nous avons vaincu l'acharnement imbécile de ton destin

Avec cette force d'amour qui était en toi, nous avons balayé la noirceur de ta vie
Tu as gagné Marguerite, après toute cette horreur, tu as retrouvé le bonheur
Nous avons partagé cet amour encore, de nos corps nous avons jouis encore
Le malheur ne pouvait plus rien, son sac était vide, il n'avait plus qu'à partir
La vie t'a quittée sans pouvoir enlever le sourire que tu avais aux lèvres

Mon corps s'est vidé de toutes ses larmes, les larmes que ton départ m'arrachait
Mais aussi toutes les larmes que j'avais voulu retenir depuis toujours
Il y en avait tellement, je crois que s'y mêlaient aussi les larmes que toi tu avais retenues
Cette force d'amour, tu me l'as données, je la sens au fond de moi désormais
Ma vie ne sera plus inutile, elle portera ton bonheur et ton amour à jamais

*



Marguerite, en écrivant ce texte, je t'offre encore mes larmes.
Reposes en paix petite fleur !

# Posté le jeudi 08 septembre 2005 09:51

Modifié le samedi 27 septembre 2008 16:12